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Au Vésinet, Hector Guimard se laisse voir

Marie-Douce Albert
[09 août 2005]

La villa Berthe aurait pu se cantonner à son rôle de maison de famille, de demeure cossue tapie sous les feuillages du Vésinet. Les amoureux d'Hector Guimard en auraient alors été pour leurs frais. De l'oeuvre de l'architecte emblématique de l'Art nouveau, ils auraient tout juste pu admirer le beau portail tout en entrelacs ensorcelants. En sautillant sur le trottoir, de l'autre côté de la rue, ils auraient aperçu quelques détails de l'architecture du bâtiment. Ils n'auront finalement pas à se donner cette peine.


Jusqu'au 16 août, ses occupants ouvrent gracieusement le jardin aux visiteurs afin de «promouvoir l'héritage de Guimard», explique le propriétaire. Ce dernier entend essentiellement partager son patrimoine : «Cette maison a presque 110 ans, nous y sommes depuis quatre, elle aura une pérennité bien au-delà de notre séjour. Nous avons donc vraiment le sentiment d'en être «locataires».»


Sur la façade arrière de la villa Berthe, une double arche souligne l'escalier d'entrée tandis que l'escalier intérieur est signalé à l'extérieur par un pignon de pierre décalé et percé de fenêtres obliques. En haut, les circonvolutions de fer forgé des balcons Art nouveau. (Photos J.-J. Ceccarini/Le Figaro.)

Voilà ainsi le public autorisé à s'approcher, faire le tour des façades et inspecter les murs dans ces moindres détails que Guimard savait si bien accumuler. L'architecte, qui passera à la postérité pour les grands boutons de fleurs et les libellules qu'il a dressées à l'entrée du métro parisien, a construit cette confortable demeure en 1896. Son client s'appelait M. Noguès, était «rentier» de son état et avait déjà un appartement à Paris et de deux maisons vésigondines. Mais c'est à peu près tout ce que l'on connaît.


«C'est dommage car on sait en revanche que Guimard aimait faire transparaître le caractère de ses clients dans ses constructions», remarque Aude Thierry. Cette étudiante en histoire de l'art, l'une des stagiaires qui accueillent le public, poursuit : «Mais ce monsieur était peut-être un peu rigide. On suppose en effet qu'il a bridé Guimard. Ou alors il y a eu obligation de s'inscrire dans le paysage du Vésinet. Car finalement la façade avant est assez sage.»


Côté rue, la maison affiche en effet une symétrie très raisonnable, organisée autour d'un large perron de pierre. Tout cela serait d'un style beaucoup plus bourgeois que Guimard si l'on ne retrouvait pas la patte de l'architecte dans les chiens-assis néogothiques, le mélange des couleurs de la brique rouge et de la pierre crème, les circonvolutions de fer forgé des balcons, les motifs de vagues au-dessus des fenêtres et les fines arabesques en «coup de fouet» sculptées dans la pierre.


«Tout s'anime vraiment hors de la vue des passants», ajoute Aude Thierry. A tourner autour de la maison, on découvre en effet que Guimard s'est offert bien plus de libertés sur les trois autres façades. «Mais la plus impressionnante est celle de l'arrière», note la jeune femme. Une double arche souligne l'escalier d'entrée tandis que la cage de l'escalier intérieur est signalée à l'extérieur par un grand pignon de pierre décalé et percé de fenêtres obliques.


Cette villa, souvent appelée la Hublotière à cause de quelques petits soupiraux ronds, a été en tout cas, explique Georges Vigne dans son livre Hector Guimard, le «premier ouvrage véritablement Art nouveau de l'architecte tant dans son agencement volumétrique que dans son décor. [Elle] fut certainement un creuset d'expérimentations destinées au Castel Béranger, alors en plein chantier». La villa Berthe est sûrement la petite cousine docile de cet immeuble du 14, rue La Fontaine dans le XVIe arrondissement de Paris, si fou qu'il fut, lui, rebaptisé «la maison des diables».


Visites extérieures, commentées et gratuites du lundi au samedi de 9 h à 15 h. 72 route de Montesson au Vésinet (Yvelines). Site Internet : www.hublotiere.fr.st et mail : hublotiere@free.fr